Quand le silence devient une violence
- Laetitia Navarro
- 22 janv.
- 3 min de lecture

Depuis mon retour en France, il y a maintenant cinq ans, je suis devenue une grande fan des médiathèques et bibliothèques qui m’entourent.
C’est notre coin ressource à mon fils et moi. Lui, c’est mangas. Pour moi BD et livres.
En janvier, j’y ai dévoré quatre pépites. Quatre lectures très différentes en apparence… mais qui m’ont profondément bouleversée.
Et aujourd’hui, à quatre jours de mes 47 ans, je réalise qu’elles portaient toutes la même question sous-jacente. Un thème dominant, insistant, impossible à ignorer :
Qui parle vraiment ? Qui décide ? Et qui paiera le prix du silence ?
Je vous explique.
À première vue, rien ne relie ces livres.
Et pourtant.
Mon vrai nom est Élisabeth
Ce récit-enquête retrace l’histoire d’une femme internée de force, diagnostiquée, traitée, lobotomisée, sans consentement.
Ce qui m’a le plus marquée, au-delà de la violence psychiatrique, c’est le silence autour. Le silence de la famille. Le silence de l’institution. Le silence social.
En séance, je pense à ces clients : ''J’ai compris que, dans ma famille, il y avait des non sujets.''
Ce livre agit comme un révélateur.
Il met en lumière ce que le non-dit peut détruire quand personne ne vient poser une limite.
La Voix de l’arbre
Avec Bernard Werber, la question se déplace vers le vivant.
J’ai toujours adoré cet auteur pour sa façon de regarder le monde autrement. Sans imposer. Sans moraliser. Juste en proposant un nouvel angle.
C’est probablement la Verseau qui parle ;)
Alors, et si les arbres pouvaient parler, que diraient-ils de nos décisions ? De nos coupes rationnelles, de nos choix « nécessaires », de nos justifications ?
La nature se fait de moins en moins silencieuse.
Les catastrophes naturelles, les tempêtes de ces derniers jours parlent fort.
Mais manifestement, pas encore assez pour certains décideurs.
Le Château des animaux – Tome 4
Ici, le silence est politique.
On vote. On fait semblant de débattre. Mais la peur, la manipulation et les rapports de force sont toujours là.
La question n’est pas : est-ce démocratique ? Mais : qui peut réellement s’exprimer sans risquer sa peau ?
Quand parler devient dangereux, le silence s’installe.
Et avec lui, une violence plus sourde.
Impact
Un système global, économique et écologique, qui sait… mais continue. Ce n’est plus l’ignorance le problème, c’est l’inaction. À partir de quand ne rien faire devient un choix — et donc une responsabilité ?
Dans ces quatre œuvres, il y a toujours ce même moment-clé : celui où le silence, l'inaction, cesse d’être confortable et devient destructeur.
Pour les individus. Pour les collectifs. Pour le vivant.
Et cette question traverse nos vies :
quand le corps envoie des signaux et qu’on continue quand même,
quand une situation professionnelle n’est plus juste mais qu’on se tait,
quand on sent que quelque chose dérape, sans réussir à poser des mots.
Le silence arrive souvent avant l’épuisement.
Avant la colère.
Avant la rupture.
Et dans mon accompagnement, qu’est-ce que ça change ?
Dans mon travail d’accompagnement, cette question est centrale.
Très souvent, ce ne sont pas les problèmes visibles qui font le plus de dégâts. Ce sont les tensions tues. Les émotions retenues. Les signaux corporels ignorés au nom de l’adaptation, de la performance ou du « il faut tenir ».
Le corps, lui, ne se tait jamais très longtemps. Il parle par la fatigue, le stress, les douleurs, la perte de sens, la démotivation.
Mon rôle n’est pas de faire parler pour faire parler. Mais d’aider à réécouter ce qui a été mis en sourdine. À remettre de la conscience là où le silence s’est installé par habitude ou par peur.
Parce qu’en réhabilitant l’écoute — du corps, de soi, du collectif — on ne crée pas plus de chaos.
On crée souvent plus de justesse.
Plus de clarté.
En bonus, à long terme, plus de santé.
Et vous, à quel endroit de votre vie le silence commence-t-il à peser ?



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